mercredi 29 octobre 2008, par
Toute jeune déjà, Son Altesse Impériale Constance d’Aragon goûtait au jeu si divertissant des chaises musicales. Avec élégance, la petite enfant avait à cœur de remporter sans triche devant les plus grands seigneurs de la Cour, et donc de l’Empire, les nombreuses parties qui étaient organisées pour son seul plaisir. Aujourd’hui, à tout juste treize ans, la Princesse est un animal politique en devenir déjà redouté à la Cour, et qui profite des changements institutionnels pour remanier en profondeur son entourage.
Bien naïfs sont ceux qui croient que le rappel soudain au Bienheureux-Siège de l’Abbé de Boisbelle, encore récemment ministre du Sceptre, serait dû à la volonté du carzinal de Klausbourg de revoir auprès de lui un collaborateur fidèle. En réalité, le renvoi – car il s’agit bien d’un renvoi – de Boisbelle à Zichten Itza est entièrement le fait de la princesse d’Aragon. On la murmurait depuis quelque temps très mécontente des services du vieil abbé ; celui-ci n’aurait pas suffisamment su pousser l’avantage politique de la Princesse à la suite de sa nomination au ministère du Sceptre. Observant les évènements avec passivité, il s’est montré incapable de faire oublier son flamboyant prédécesseur, le prince de Chandernagor, et d’imposer son autorité à la tête d’un ministère plus difficile qu’on ne le croit. Alors, en renvoyant Boisbelle auprès de son arrière-grand-père, la princesse d’Aragon donne le ton : elle prend désormais toute son indépendance sur le plan politique et ne se laissera pas davantage dicter sa conduite par le « carzinal de bure » ou par ses hommes de main que par quelconque parti avarois.
Ainsi, la princesse, quatrième personnage de l’Empire après le couple impérial et son mari, le prince Mithridate, jouit d’une position très importante et en profite pour commencer déjà à s’entourer de personnages de qualité, de talent, loyaux, dont elle saura qu’elle pourra compter sur eux pour étendre son influence politique. Parmi eux sera désigné, tacitement, un nouveau chef de camp qui saura incarner la cause de la Princesse là ou son rang ne lui permet pas d’intervenir. Mais, comme le montre l’exemple de l’abbé de Boisbelle, aucune déconvenue, aucune faute, aucune tentative ratée ne sera pardonnée à celui qui occupera la place. Lorsque, pour s’imposer toujours plus, il lui faudra faire tomber des têtes, Son Altesse Impériale Constance d’Aragon n’hésitera pas.
Rien d’officiel, mais, d’après les informations dont dispose le Mercure, la désignation de ce chef de file devrait intervenir dans quelques jours sous la forme d’une nomination autour de la Princesse. Selon toute probabilité, celle de Gouverneur de Son Altesse Impériale. Qui ne sera pas nommé par la Princesse elle-même, mais dont le choix répondra certainement à sa volonté.
Pour occuper ce poste très prestigieux, mais surtout pour assumer le rôle officieux qui ira désormais de pair avec la fonction officielle, la Cour bruisse depuis quelques semaines, ou plutôt quelques jours, du nom de nombreux prestigieux gentilshommes avarois, mais deux personnages semblent se détacher réellement et avoir une chance d’être nommés.
Le premier est le baron de Corvisier, Pierre-Amédée Dupleix, neveu du Vicomte de la Dragonnade et membre de l’une des plus anciennes familles guysenvaloises, qui dirige actuellement l’École princière diplomatique de Saint-Sulpice. Très bel homme, diplomate de talent, noble d’envergure, le baron de Corvisier gravite depuis juillet dernier dans l’entourage de la princesse. Invité pour quelques jours à Acquae-Victis, puis à Ll’Aquilla et à Belfort aux côtés du couple impérial, il a su se distinguer de la banalité des courtisans habituels par sa finesse d’esprit et par son aptitude à être autant homme à la compagnie agréable que politique aguerri aux analyses pleines de justesse.
Le second est le Marquis de Saint-Germain de Confolens, gentilhomme Edoranais dont le père fût un temps exilé en Avaricum, et dont l’éducation s’est faite entre Castelmaure, Guysenval et Castillon. Son principal atout est d’être le fils d’un homme flamboyant, très apprécié des cours archipéliennes pour son sens de la diplomatie et, évidemment, de la fête. Mais il est arrogant, et pourrait devoir soudainement rentrer dans son pays d’origine si son père venait à en décider ainsi, ce qui joue, bien entendu, en sa défaveur, car la princesse Constance recherche un homme qui puisse œuvrer dans la durée.
Alors, Corvisier, ou Saint-Germain ? Ces derniers temps, le vent semble tourner en faveur du premier. La réponse, sans aucun doute, dans quelques jours ; le Mercure Galant vous tiendra au courant.