samedi 23 février 2008, par
Il a semblé à certains observateurs chevronnés qu’à la sortie du Conseil des Ministres que le visage d’habitude impénétrable de Sa Majesté, laissait légèrement poindre un certain agacement. Et pour cause : on s’agite au Zollernberg.
À première vue, les événements qui ont lieu au Grand-duché n’étaient pas pour déplaire aux politiques avarois. Les Zollernois sont de braves gens qui ont toujours eu un peu de mal à se tenir, et leur Grand-duc est le raffinement suprême en matière d’excellence dans le raisonnement et l’acuité des vues. A cela ajoutons une aristocratie zabrückoise à l’honneur mal placé, le trio des hauts-opportunistes : un nouveau-riche aussi fier de son comté bien neuf qu’un chien peut l’être en ramenant un bâton à son maître, attaché avec une laisse par les liens sacrés du mariage à un Empereur de Maurésie incapable de tenir sur son trône, et un duc ventripotent dont on dit avec raison qu’il a plus de graisse que de Grâce ; le célèbre duo des bas-opportunistes que forment un Venceslas de Locquetas — considéré au Zollernberg comme un sale roturier il y a quelques mois encore (il a aujourd’hui un titre de baron… qui ne vaut guère mieux) — et un gros marchand ennobli et enivré par sa qualité nouvelle de baron de Zalzford (attribuée, rappelons-le, après un mandat de Premier Ministre dont il se servit pour conseiller de toute sa — très discutable — hauteur au prince Zabrücksi de s’en aller respirer l’air des Zorcades). Tout ceci a pu pousser à prendre les affaires zollernoises avec plus ou moins de sérieux. Mais la dernière en date pourrait avoir quelque peu contrarié notre gouvernement. Commençons par rappeler les faits à nos honorables lecteurs.
Peu de temps après la mort du feu Grand-duc décédé l’an passé, son fils précédemment Régent depuis quelques temps, profitait de l’occasion pour révoquer le pitoyable gouvernement Forzinger et mettre à sa place son favoris le prince Zabrücksi. Celui-ci avait été remarqué dans un de nos précédents articles lorsqu’il avait publié un manifeste appelant le Grand-duc à restaurer sa pleine autorité. Il y a semble-t-il eu une grande confusion à ce sujet. A peine entré en fonction, une ordonnance du Palais Cobourg donnait l’ensemble des pouvoirs à son nouveau principal ministre. La politique engagée par ce dernier contre le Grand-duc méprisé, contre la classe politique, — les ducs de Wilhelstein et de Silverstein furent arrêtés — et contre le peuple soumis à des impôts difficilement justifiables.
Après ces épisodes d’une rare trivialité, exemple éclatant d’une Nation ignorant tout de l’ordre et indigne de la place qu’on veut bien lui donner, nous en arrivons à la bien malheureusement situation actuelle. Hezzenberg n’ayant pas rejoint ses compères les ducs dans leur prison, il décida de rameuter leurs fils, le marquis de Silverstein et le comte de Zetternich. Avec ces derniers il lui a été donné le loisir de soulever une armée prompte à changer sans cesse de direction. Cela n’est pas sans expliquer les perpétuelles déconvenues des Zollernois aux Zindes, dans l’affrontement d’un peuple paraît-il civilisé avec des sauvages mal dégrossis et primitifs. Leur entreprise a réussi semble-t-il, ayant pour conséquence le renvoi de Zabrücksi, l’entrée triomphale des gros marchands à Wilhelstadt qui continueront à diriger le Grand-duché en avançant grassement leurs écus brillants. C’est une grave humiliation du Grand-duc, soumis par une populace misérable et méprisable. Le Zollernberg vaut bien une Couronne… Avaroise (C.A.).
Malheureusement, cet épisode grotesque qui n’aura fait que dévoiler au grand jour l’état véritable du continent nord, a aussi valu quelques dommages à la Maison de Klausbourg en la personne de Monseigneur l’Evêque de Kolstadt. Ce jeune prélat très prometteur s’est distingué au cours de ces derniers temps par un comportement faisant preuve d’une grande raison : dédaignant de prendre parti pour les uns ou les autres il a montré au Zollernois quel choix pouvait seul être honorable. Ce faisant, il s’est aussi attiré l’hostilité des deux factions. Le courage n’est pas le choix le plus facile, mais ce superbe exemple de vertu zorthodoxe doit édifier chacun de nous.